Grand prix de l’humour noir 1990- pascal@pascalsamain.be

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Sous les pavés, la mine

samedi 27 décembre 2003

Vous connaissez la « Silicose Valley » ?

Non ?

Alors, si jamais vous vouliez y faire un saut, juste une petite carte postale, genre agence de voyage : « des enfants qui ont du malheur, ou des charbonnages qui licencient les ouvriers, ou un canal qui n’est pas très rentable. Des gens qui construisent des pas belles maisons de brique rouge. Y a pas de montagnes, ici. Y a pas de mer. Que des processions d’alcooliques. Que des écoles d’handicapés. Y a que des gares qui ressemblent à des bureaux de poste. Des mammas italiennes qui parviennent pas à joindre les deux bouts de spaghetti. »

Alors, tenté par la « Silicose Valley » ? Tenté par le Borinage ?

Le petit Ducoron, lui, y est né, à la fin des années cinquante. A la fin des années pimpantes.
Né dans la rue Lartoil.

Et la rue Lartoil, c’est pas le pied, même si Lartoil, en borain, ça veut dire... le pied.

Sous la rue Lartoil, les trous... où tombent les enfants.

Sous la rue Lartoil, les mines... où meurent les mineurs.

Alors, le petit Ducoron se demande pourquoi il est tombé dans ce trou. Pourquoi c’est tombé sur lui. Et ça le mine...

Comme son papa Ducoron, fonctionnaire à l’aménagement du territoire, il va devenir un « nanxieu » : « Tonton, je suis pas sûr d’exister ... »

Car les Ducoron sont « des compliqués attachants ». Sinon, pourquoi le papa Ducoron lirait-il Malraux, Koestler ou Julien Green, alors qu’il a tout pour être heureux ? « Il a une femme et deux enfants. Une D.K.W., une maison et des lapins. Qu’est-ce qui pourrait compléter son bonheur ? »

Peut-être... comprendre le sens de la farce. Cesser de considérer le monde comme « un ténia, un parasite ». Pouvoir répondre à la question : « Et la vie ? Où donc SE PASSE la vie ? »

Alors, puisque les livres ne donnent pas la réponse ; puisqu’ils posent sans cesse de nouvelles questions, le papa Ducoron tombera dans le canal ; puis tombera dans le coma. Une méchante peau de banane...

Alors, entre la grande sœur qui se gargarise d’hindouisme, la mère infirmière qui pique des derrières et le copain gros Domi qui comprend rien à rien, le petit Ducoron devient un « nanxieu » ; il attrape la MALADIE DES MOTS. Les mots, pour tenter de dire le grand vide tout noir du canal, le grand vide tout noir du sous-sol, le grand vide tout noir des cauchemars, le grand vide tout noir de... ce que les mots ne peuvent dire.

Bien sûr, c’est aussi un roman de l’enfance, avec bécanes trafiquées, sèches cachées dans les cadres des bécanes, rentrées des classes dans les écoles catho, processions du 15 août, curés alcoolo, pâtes au jambon et au fromage, tartines de jambon, tartines de fromage, crêpes au fromage et au jambon pour améliorer l’ordinaire.

Et puis, les photos de femmes à poils cachées dans les sacs en plastique. Les femmes sur lesquelles il fantasme, p’tit Ducoron : « Il s’abîme dans le zieutage de ce sexe en forme de huit, en belle forme de beau huit. Ils se sent le zéro de cet infini en belle forme de beau huit bien formé. Néfertiti ! Malheureuse dans ton plastique froid, enterrée sous le marronnier avec les cigarettes et les autres femmes à poil ! Comme une vulgaire femme toute nue ! »

Bien sûr, c’est un « roman belge », qui l’avoue, qui le serine, qui le revendique. Bien sûr, c’est un roman qui a obtenu en 1990 le prix de l’humour noir Xavier Forneret. Et l’humour, il en regorge. Mais le noir, il le dégorge, il le vomit comme poussière de charbon mêlée de bronches expectorées. « Et n’est-ce pas précisément le destin de ce roman belge : poussière d’encre qui retournera en poussière d’encre ? »

Le tout construit en montage alterné sur schéma d’encyclopédie : planche 1, supplément à la planche 1 ; planche 2, supplément à la planche 2 ; ... Le tout qui fait alterner la petite vie des Ducoron et la minuscule vie du voisin, « Polonais Joseph ».

Le tout truffé d’illustrations tirées de la Grande Encyclopédie, celle de Diderot et D’Alembert, qui croyaient que le progrès pourrait faire le bonheur des hommes. Daviers, pinces, repoussoirs, trépans... instruments nécessaires à l’opération de la fistule lacrymale, instruments coupants, intrusifs, dures mâchoires métalliques pour ouvrir le crâne, pour l’extraction de la pierre de folie, comme on extrayait la pierre noire du sous-sol, des trous noirs de la rue Lartoil...

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