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LE SOIR, 12 janvier 1991

vendredi 1er avril 2011, par Pascal Samain

PASCAL SAMAIN : GRAND PRIX DE L’HUMOUR NOIR

VANDY,JOSIANE

Samedi 12 janvier 1991

PASCAL SAMAIN

Grand prix de l’humour noir

Le 29 octobre 1990, Pascal Samain, Belge, 32 ans, est devenu le trente-septième lauréat du grand prix de l’Humour noir. Motif : son premier roman : Les Trous de la rue Lartoil (*), commis en plein délire de mots, que les éditions Julliard ont eu l’allègre envie de publier. Au restaurant « Le Procope », à Paris, il a été ceint de l’unique récompense de ce prix convoité, une écharpe funéraire mauve portant ces mots décisifs : A notre regretté lauréat. Ensuite, les joyeux convives, en l’occurrence un jury de spécialistes ès humour - dont le membre le plus éminent est Eugène Ionesco - ont trinqué à la (bonne) santé du héros en qui ils ont reconnu le fils spirituel de Raymond Queneau.
Ce prix, créé il y a trente-sept ans, par un libraire bourguignon, Tristan Maya, à la mémoire d’un écrivain de son pays, surréaliste - trop méconnu à ses yeux -, Xavier Forneret, a couronné une foule de personnalités en tous genres, de dix-neuf nationalités différentes. On y épingle Woody Allen, Arrabal, Hervé Bazin, Blavier, Buñuel, Desproges, Ferreri, Bernard Haller, Patricia Highsmith, Léo Malet, Polanski, Plantu, Queneau, Tardi et Wolinski. Je me sens en bonne compagnie, a déclaré le lauréat, satisfait de ses drôlissimes et talentueux prédécesseurs, avec qui il partage le goût du « travail au noir ». Une couleur qui a toujours joué un grand rôle dans sa vie. D’abord parce qu’il est né dans le Borinage, aux confins des noirs crassiers. Ensuite, parce qu’il partage avec Queneau, son auteur favori, l’angoisse de notre univers, de l’espace, ce grand vide tout noir. Dans les rues de son enfance, il croisait des Italiennes, blanches madones de noir vêtues. A l’adolescence - sa période anarchiste -, il leur emprunte cette habitude. Je portais le deuil de moi-même, parce que je me sentais très mal dans ma peau. De cette période ultra-sombre, Pascal Samain s’en est sorti par l ’écriture et en humour. Suprême pirouette face au désespoir, aux questions impossibles à résoudre. Le héros de son roman, le petit Ducoron, lui ressemble comme un frère, savoureux mélange de Zazie et de Tintin. Il lui tient la main dans cet ardu passage de l’enfance à l’adolescence, se souvient de ce temps pas très lointain où il rêvait de se trouver une autre famille que la sienne - aujourd’hui très fière de son rejeton -, et d’exercer un métier d’homme libre. Comédien, explorateur, reporter, je ne me voyais pas dans un bureau. Maintenant, j’ai compris que je rêvais d’un métier où je pourrais « explorer mon âme ». Et seule la littérature le permet.
Pourtant, il n’avait jamais rien écrit. Ni poèmes brûlants, ni journal intime, aucun antécédent. Pour seuls bagages, il avait un voyage-choc au Maroc, sur les hauts plateaux de l’Atlas, et au Sri-Lanka. Une expérience d’animateur socio-culturel - il l’est toujours -, un mariage avec une jeune Marocaine vivant en Belgique depuis l’âge de 5 ans. Pascal Samain a mis son poids de vie et de mots dans la balance littéraire. Exorcisme-clin d’oeil. Pari gagné. Il médite une suite à son roman, comme Truffaut après « Les Quatre Cents Coups », rêve à un livre pour enfants et mijote dans son ordinateur-chaudron une nouvelle oeuvre. Au noir, évidemment !
JOSIANE VANDY
(*) « Les Trous de la rue Lartoil », Pascal Samain, éditions Julliard, 680 FB environ.

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